Trottinette électrique : pourquoi les accidents sont-ils de plus en plus graves en 2026 ?
Longtemps présentée comme une solution de mobilité “douce” et sans risque, la trottinette électrique s'impose aujourd'hui comme l'un des points noirs de la sécurité routière en France. Hausse des blessés graves, sévérité clinique comparable aux deux-roues motorisés, cadre juridique encore mal connu des victimes : voici ce qu'il faut savoir en 2026.
1. Une explosion du parc en circulation
Selon le Baromètre 2023 des ventes de la micromobilité en France publié en partenariat avec la Fédération des professionnels de la micromobilité (FPMM), environ 2,5 millions de Français sont propriétaires d'une trottinette électrique, contre 640 000 en 2020.
A ces chiffres s’ajoutent les trottinettes électriques partagées en libre service dont les données actualisées n’existent malheureusement pas.
La hausse du nombre d'engins n'explique pas tout. Les autorités pointent régulièrement trois facteurs aggravants : le débridage d'engins capables de dépasser largement les 25 km/h autorisés, l'absence quasi systématique de casque, et une réglementation encore insuffisamment respectée — en particulier l'âge minimal de conduite (14 ans) et l'interdiction de circuler à plusieurs sur le même engin.
2. Ce que révèle une étude clinique inédite sur la sévérité des blessures
Au-delà des statistiques d'accidentologie, une étude française publiée le 2 juillet 2026 dans la revue Neurosurgery apporte un éclairage clinique de premier plan. Menée par l'équipe de neurochirurgie pédiatrique des Hospices Civils de Lyon, elle a comparé, sur cinq ans (2021-2025), les traumatismes crâniens pédiatriques liés à la trottinette électrique à ceux causés par les vélos, trottinettes classiques et deux-roues motorisés.
Le constat est sans appel : le nombre d'admissions liées à la trottinette électrique est passé de 1 cas en 2021 à 25 cas en 2025, devenant cette année-là la première cause de traumatisme crânien pédiatrique parmi les deux-roues — alors que les chiffres liés aux vélos et aux motos restaient stables sur la même période.
Plus frappant encore : la sévérité clinique des traumatismes en trottinette électrique s'est révélée statistiquement comparable à celle des accidents de deux-roues motorisés, et significativement supérieure à celle des vélos et trottinettes classiques. Quelques données clés de l'étude :
Autrement dit : la trottinette électrique ne peut plus être considérée comme un mode de déplacement anodin. Il s'agit d'un mécanisme à haute énergie, capable de provoquer des lésions cérébrales sévères — y compris, et peut-être surtout, chez les plus jeunes usagers.
3. Quel statut juridique pour une trottinette électrique accidentée ?
Sur le plan légal, la trottinette électrique n'a rien d'un jouet urbain. Depuis le décret du 23 octobre 2019, elle est classée parmi les engins de déplacement personnel motorisés (EDPM) et considérée, en cas d'accident, comme un véhicule terrestre à moteur, au même titre qu'une motocyclette ou une automobile.
Cette qualification a une conséquence directe et essentielle pour les victimes : elle place l'indemnisation sous le régime de la Loi Badinter du 5 juillet 1985, qui organise la prise en charge automatique des dommages corporels subis lors d'un accident de la circulation impliquant un véhicule motorisé — sauf faute inexcusable de la victime, cause exclusive de l'accident.
À l'inverse, une trottinette manuelle (non motorisée) place son utilisateur dans la catégorie des piétons, avec les mêmes protections indemnitaires.
Les trottinettes électriques sont soumises à plusieurs obligations réglementaires malheureusement souvent méconnues ou ignorées :
la conduite est autorisée à partir de 14 ans. Autoriser un mineur de moins de 14 ans à circuler via ce véhicule expose ses représentants légaux à une amende de 135 euros,
La vitesse est limitée à 25 km/h et le débridage pour dépasser cette limite est interdit et passible d’un an d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende,
le transport de passager est interdit,
au niveau national, le port du casque n’est malheureusement pas obligatoire. Depuis le 2 avril 2026, le Préfet des Alpes Maritimes a rendu le port d’un casque de protection homologué obligatoire pour tout usagé d’un engin de déplacement personnel motorisé.
le véhicule doit être muni de feux avant/arrière, de freins et d'un avertisseur sonore. Le port d’un gilet rétro réfléchissant est obligatoire la nuit ou lorsque la visibilité est réduite (par temps de pluie, de brouillard par exemple). Dans une même optique sécuritaire que précédemment, depuis le 2 avril 2026, dans les Alpes Maritimes, le port d’un gilet rétro réfléchissant est obligatoire pour tout conducteur pendant toute la durée de la circulation, de jour comme de nuit,
la circulation sur les trottoirs est interdite sauf arrêté contraire et à allure modérée ( 6km/h). Elle doit se faire sur les pistes cyclables ou sur les chaussées limitées à 50 km/h.
4. Indemnisation : un régime qui varie selon les circonstances de l'accident
Toutes les situations ne se valent pas devant la loi. Voici les principaux cas de figure et leurs conséquences sur le droit à indemnisation :
Collision avec un véhicule motorisé (voiture, camion, moto) : configuration la plus fréquente et souvent la plus lourde de conséquences. Si le responsable n'est pas assuré ou prend la fuite, le Fonds de Garantie des Assurances Obligatoires (FGAO) prend le relais.
Piéton percuté par une trottinette électrique : protégé par la loi Badinter, il a droit à une réparation intégrale, prise en charge par l'assurance du conducteur de la trottinette ou le FGAO à défaut.
Passager transporté (pourtant proscrit par le Code de la route) : conserve le statut de victime protégée, sauf faute grave ayant provoqué l'accident.
Chute sans tiers (perte de contrôle par exemple) : seule la garantie conducteur souscrite auprès de son propre assureur permet une indemnisation. Malheureusement, l’indemnisation sera limitée aux garanties contractuelles plafonnées et rarement négociées lors de la souscription du contrat.
5. Pourquoi l'expertise médicale change tout après un traumatisme crânien
Compte tenu de la sévérité désormais documentée des traumatismes crâniens liés à la trottinette électrique, l'expertise médicale devient l'étape charnière du parcours d'indemnisation. C'est elle qui permettra d'objectiver l'ensemble des séquelles — y compris celles qui sont qualifiées d’invisibles : troubles cognitifs, fatigabilité, retentissement scolaire ou professionnel…
Face à un médecin expert mandaté par l'assurance adverse, il est fortement recommandé à toute victime — ou à la famille d'un enfant blessé — de se faire assister par un Médecin Conseil et un Avocat compétent en droit du dommage corporel. Cet accompagnement garantit une évaluation complète et fidèle des préjudices.
Vous ou un proche avez été victime d'un accident de trottinette électrique ? Un accompagnement par un avocat qualifié en droit du dommage corporel permet de sécuriser chaque étape du parcours d'indemnisation.